Free to Run – Le film

J’ai eu la chance de voir la semaine dernière en avant-première, le documentaire consacré à la course à pied « Free to Run », de Pierre Morath. Centré sur l’émergence de ce sport, longtemps réservé aux hommes et cantonné à la pratiquer en stade, « Free to Run » est avant tout un hymne à la course à pied et à tous ceux qui, depuis près de 50 ans, la font exister.

Des rues de New York aux sentiers des Alpes suisses, hommes et femmes, champions ou anonymes… Ils sont chaque année des dizaines de millions à courir. Pourtant, dans les années 60-70, la course à pied était encore considérée comme un acte marginal, une pratique quasi déviante, réservée aux athlètes masculins et à l’enceinte des stades.

En effet, difficile à croire aujourd’hui qu’à cette époque, les femmes n’avaient en aucun cas le droit de courir en clubs, et étaient mal vues si elles couraient seules.
Pour les hommes, il était impossible d’imaginer une femme avec un corps musclé et déformé par la course. Elles ne pouvaient devenir viriles! Et encore moins imaginable qu’une femme puisse terminer un marathon… En d’autres termes, « le mâle ne veut pas voir le féminin courir. »

Heureusement pour nous les femmes, une jeune américaine d’à peine 20 ans décide en 1967 de s’inscrire à une course exclusivement réservée aux hommes, en utilisant pour tromper les organisateurs ses initiales. C’est ainsi que Kathrine Switzer prend le départ du marathon de Boston. De cette course, nous retenons tous l’image de Jock Semple, un des organisateurs officiels du marathon, courant à côté d’elle pour tenter de l’arrêter et de lui arracher son dossard.

Kathrine Switzer lors de son 1er Marathon de Boston, agressée par l'un des organisateurs de la course. Photo d'archives - Free To Run© - Jour 2 Fête
Kathrine Switzer lors de son 1er Marathon de Boston, agressée par l’un des organisateurs de la course. Photo d’archives – Free To Run – Copyright DCM Filmverleih

Finalement, Kathrine Switzer terminera sa course et sera la première femme (officiellement inscrite) à avoir participé à un marathon. Depuis, elle ne cessera de se battre pour que les femmes puissent courir  librement et de manière officielle sur des marathons. C’est ainsi qu’en 1972 les femmes ont pour la première fois le droit de courir officiellement le marathon de Boston et c’est en 1984, aux J.O de Los Angeles, que cette épreuve devient pour la première fois, un sport olympique ouvert aux femmes.

Le documentaire repose sur de nombreux récits, témoignages poignants et images d’archives défendant le running comme moyen d’exprimer une certaine indépendance et de communier avec la nature. De ces nombreux témoignages, j’ai retenu ceux de :
– Fred Lebow, qui va populariser la course à pied à New York en créant le marathon de New York,
– Noel Tamini, fondateur du magazine bimestriel Spiridon qui a participé à la popularisation de la course à pied en Europe en démontrant, grâce à la photographie, la beauté des corps, masculins comme féminins, en action,
– Steve Prefontaine, légende du running aux Etats-Unis, mais légende méconnue en Europe, Le « Pré » comme on le surnomme, se voulait être un artiste de la course à pied. Il suscite toujours un immense engouement outre-Atlantique, même trente ans après sa disparition tragique.

Légende américaine de la course à pied dans les années 70! Photo d’archives – Free To Run© – Jour 2 Fête
Légende américaine de la course à pied dans les années 70! Photo d’archives – Free To Run – Copyright DCM Filmverleih

Pierre Morath évoque le combat de ces hommes pour faire de la course à pied une pratique libre. Car à cette même époque, si les femmes n’avaient pas le droit de courir, les hommes devaient, eux, être bien encadrés. Faire son jogging ou courir librement dans les rues, les parcs, sur les routes étaient des activités mal perçues. Les hommes foulaient la terre battue en suivant des règles strictes dictées par la FFA.

En 1h39, ce document montre comment la course à pied est passée d’une pure activité physique institutionnelle réservée aux hommes, à une foulée militante et libre.
Aujourd’hui, la course à pied n’est plus uniquement une affaire de club et de performance, mais elle se retrouve partout. Hommes, femmes, jeunes ou moins jeunes, nous sommes de plus en plus nombreux à chausser nos baskets pour courir, ressentir cette sensation de liberté, tout simplement. 

Marathon de NEW YORK en 2004! Près de 35 000 runners au départ. (Photo by Spencer Platt/Getty Images)
Marathon de NEW YORK en 2004! Près de 35 000 runners au départ. (Photo by Spencer Platt/Getty Images)

«Free to Run» retrace la fabuleuse épopée de ce sport solitaire devenu passion universelle.

Alors amis sportifs (ou non d’ailleurs) courez le voir! C’est un documentaire très réussi, profondément sensible et qui décrit parfaitement le « pouvoir » de la course sur notre corps et notre esprit. En sortant de la salle, je n’ai d’ailleurs pas résisté à l’appel des baskets. J’imagine que ce film vous fera le même effet!

RDV le 13 Avril au cinéma!!

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